Shema Israël שמע ישראל

Un devar Torah bref, chaque semaine, sur la paracha.

Parachat · Béréchit

Toledot

Chabbat 14 novembre 2026 4 Kislev 5787

Les mêmes noms

Dans notre paracha, il y a un verset qu’on lit vite.

Isaac recreuse des puits. Ce sont les puits de son père, Abraham. Après la mort d’Abraham, les Philistins les avaient bouchés. Ils les avaient remplis de terre.

Et la Torah ajoute un petit détail. Isaac leur redonne les mêmes noms, ceux que son père leur avait donnés.

Il aurait pu changer. Nouveau puits, nouveau nom, tout le monde fait ça. Lui, non. Il creuse, l’eau remonte, et il dit le vieux nom. Comme on appelle un ami qu’on n’a pas vu depuis trente ans.

Il y a une chose que les Philistins n’ont pas pu faire : tarir la source. Personne ne peut tarir une source. Ils ont seulement jeté de la terre dessus.

Sous la poussière, l’eau attend.

Fin octobre, à Bagdad, rue Al-Rachid, un vieux bâtiment a rouvert ses portes. C’était l’école Shamash, une école juive fondée en 1928. En 1939, elle avait plus de neuf cents élèves. Puis il y a eu le pogrom de 1941, et ensuite le grand départ. Aujourd’hui, il reste en Irak cinq ou six Juifs, tous âgés.

Et l’école est devenue un musée. Aux murs, on voit des photos de familles, des diplômes d’élèves, le portrait du fondateur. Sur la porte, c’est toujours le même nom : Shamash. À Hanouka, c’est le nom de la bougie qui allume les autres. Il y a des noms qui savent ce qu’ils font.

D’après la presse, mille personnes sont venues le premier jour. La plupart n’étaient pas juives. C’étaient des Irakiens, des voisins. Ils venaient voir l’eau.

Sous la poussière, l’eau attend.

Maintenant, lisons la suite de la paracha. Après les puits, qui vient trouver Isaac ? C’est Avimelekh, le roi des Philistins, le roi de ceux qui avaient bouché les puits. Il lui dit : « Nous avons bien vu que Dieu est avec toi. »

Quand ils ont jeté la terre, ils ne voyaient rien. Quand l’eau remonte, ils viennent la regarder.

Ces puits ressemblent beaucoup à une âme.

En chacun de nous, il y a des puits creusés avant nous. Une bénédiction murmurée par une grand-mère. Un air du vendredi soir. Un mot d’hébreu qu’on ne comprend plus, mais qu’on dit encore. Les années ont jeté de la terre dessus. Les fatigues aussi. Les deuils aussi. Parfois, on croit que c’est sec.

Isaac creuse parce qu’il se souvient du nom. Le nom, c’est ce qui reste quand l’eau est cachée. C’est la corde qui descend jusqu’à elle.

Et quand l’eau remonte, on n’est jamais seul au bord du puits. Il y a toujours quelqu’un, parfois quelqu’un qu’on n’attendait pas, qui s’approche et qui dit : tiens, Dieu est là.

Sous la poussière, l’eau attend.

Et chez vous, quel vieux nom attend encore, sous la terre, que quelqu’un le prononce ?