
Parachat · Béréchit
Hayé Sarah
Chabbat 7 novembre 2026 27 ’Hechvan 5787
Le serviteur sans nom
Dans notre paracha, Abraham est vieux. Il appelle son serviteur et lui confie une mission : « Va dans mon pays natal, et trouve là-bas une femme pour mon fils Isaac. »
Puis il ajoute une phrase étrange : « Garde-toi bien de ramener mon fils là-bas. »
Abraham ne reviendra donc pas. Isaac ne partira pas. Celui qui fait le voyage, c’est le serviteur.
Le chapitre est long. On y trouve les chameaux, le puits, les bracelets. Et pourtant, le nom du serviteur n’y apparaît pas une seule fois. La tradition dit que c’est Eliézer. Le texte, lui, dit seulement : le serviteur.
Le pays natal d’Abraham, c’est la Mésopotamie. Aujourd’hui, on dirait l’Irak.
Le 22 octobre, un musée juif a ouvert à Bagdad. Il se trouve dans l’ancienne école juive Shamash, fondée en 1928. En 1939, elle comptait plus de neuf cents élèves. Aujourd’hui, il ne reste presque plus de Juifs à Bagdad. Pourtant, le premier jour, un millier de visiteurs sont venus voir les photos, les diplômes et les visages des rabbins. La plupart n’étaient pas juifs.
Petit clin d’œil de l’histoire : en hébreu, shamash veut dire « le serviteur ».
Le Baal Shem Tov enseignait ceci : quand un homme arrive quelque part, c’est que des étincelles l’y attendent. Ce sont des éclats de lumière qui appartiennent à son âme.
Notre paracha ajoute une nuance. Parfois, l’étincelle attend dans le pays qu’on a quitté. On n’y retourne pas. C’est quelqu’un d’autre qui y va. Un serviteur, souvent sans nom.
Ce qu’on laisse derrière soi n’est pas perdu. Ça attend.
Rebecca était là-bas, au bord du puits. Abraham ne la connaissait pas. Elle allait devenir une mère d’Israël. Il fallait juste que quelqu’un vienne jusqu’au puits.
Les Juifs de Bagdad sont presque tous partis vers 1950. Leurs écoles et leurs chants sont restés derrière eux. On pouvait croire tout cela fermé à clé pour toujours. Et voilà qu’une porte s’ouvre, rue Al-Rashid. Des inconnus entrent. Ils s’arrêtent devant la photo d’un écolier de 1939, et pour un instant, il existe de nouveau. Sans le savoir, ils font le travail du serviteur.
Ce qu’on laisse derrière soi n’est pas perdu. Ça attend.
C’est vrai pour un peuple. C’est vrai aussi pour chacun de nous. Nous avons tous un pays natal où l’on ne retournera plus : une enfance, une maison, quelqu’un que nous étions. Abraham le savait bien : on ne ramène pas Isaac là-bas. Mais Dieu a des serviteurs sans nom. Une odeur, une chanson, un inconnu… Et un jour, au bord d’un puits, un morceau de nous revient vers nous, à dos de chameau.
Ce qu’on laisse derrière soi n’est pas perdu. Ça attend.
Cette semaine, qui sera le serviteur sans nom ?